À quel moment est ce devenu normal de ne plus respecter le temps des autres?
- Jonathan Dussault
- il y a 7 jours
- 2 min de lecture
Sérieusement, je suis curieux. Lundi matin, neuf heures. Enfin, c’était ça le plan. Le rendez-vous et tous les rappels subséquents disaient neuf heures. Pas neuf heures et quart, pas dix heures pourtant à dix heures, j’étais encore là à feuilleter un vieux magazine avec les pages maganées sous les néons de la salle d’attente.Tu attends. Tout le monde attend. C’est le médecin, je pardonne. C’est le système, ça a l'air que c'est normal.
Mardi, un client. Je travaille dans le monde des affaires, c'est sérieux, le monde est efficace. Rendez-vous cédulé depuis deux semaines, gravé dans mon calendrier. Quinze minutes avant le début : bip bip. Un texto. « Désolé, on remet ça. » Ah. Bon okay, au moins il me l'a dit avant.
Mercredi, je vends une table sur Marketplace. Un classique pour se faire chier. Le gars doit passer avant dix-neuf heures. Moi, comme un champion, je fais rien de ma soirée, j’attends chez nous comme un grand idiot avec la table à côté de la porte prête à partir. Dix-neuf heures pile : bip bip. « Je passe demain finalement. » Pas un s’il vous plaît, pas un merci. Demain. Comme si j’étais moi aussi un meuble qui n'a rien de mieux à faire que d'attendre après lui.
Jeudi, la massothérapeute. Tu te dis que là, tu vas relaxer. Ben non. Le gars avant moi est arrivé en retard, alors tout le monde écope. La réaction en chaîne de la nonchalance. Je regarde ça aller et je me demande : c’est arrivé quand, au juste ? À quel moment exact est-ce qu’on a décidé, collectivement, que le temps du voisin valait moins que le nôtre ? C'est devenu une norme, une espèce de droit acquis du monde moderne. On est tous branchés, le téléphone greffé au creux de la main, mais on s'en sert juste pour s'excuser de ne pas être là où on avait dit qu'on serait. Le texto est devenu le permis de l'incivilité. Tu textes, donc tu es pardonné. Ben moi, ça me fait chier. Je m'ennuie du temps ou quand on donnait notre parole, ça valait encore quelque chose. Ça arrive des imprévus, mais je trouve qu'ils ont le dos large depuis quelques années. P.-S. : Bien que je mise sur l'humour et le style pour raconter ces anecdotes, ça reste de vraies histoires. Le temps, d'une culture à l'autre, est perçu différemment. On parle généralement d'une culture monochronique versus polychronique. Le Québec est considéré comme monochronique : on respecte le temps (mais de moins en moins). Dans le cas d'une culture dite polychronique, on parle d'un temps plus élastique. Bref, ça pourrait être le sujet d'un autre article.



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